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CAPP


Dessins : Jean-Marc NICOLAS / Texte : Philippe COLLIN / Tirage : Sten LENA / Coffret : Alysée GICQUEL


Coffret de 23 planches 38 x 30 cm, comprenant 1 page de grand titre, 20 dessins et 2 planches de texte, numérotés et paraphés au dos.


Tirages encres pigmentaires sur papier fine art mat 000g.


Coffret ...


Ensemble réalisé en 10 exemplaires numérotés de 1 à 10.


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Ce projet a bénéficié de l’aide à la création du Ministère de la Culture, DRAC Bretagne.

IV

La carte les a toujours séduits, sa beauté bien sûr mais aussi son sens de la dérive : elle a traversé l’Histoire(s), les histoires, l’espace et le temps comme une monade, une monade-nomade changeant d’amants au fil des saisons, toujours sur le fil, la ligne, ce simple trait de mémoire blanche où projection et démonstration se rejoignent.

 

I

Ils peuvent territorialiser la carte et cartographier le territoire mais jamais l’une sans l’autre et jamais l’un sans l’autre. Ils les imaginent, les travaillent dans une même pensée, un même élan, ne cherchant rien de particulier mais s’interrogeant sur l’incompossibilité de leur rencontre.

 

XI

De leurs voyages, rêveries et ennuis, ils gardent tout, ne jettent rien (des choses - des signes - des marches - des lieux - des démarches - des formes - des noms - des mots - des itinéraires - des étapes - des ordres - des choix - des éléments - des distances). De cet ensemble, ils ne disent rien, ils montrent tout sans aucune hiérarchie, mot dont ils ignorent le sens.

 

XVII

L’utopie et l’absence sont les calques qui recouvrent et découvrent des lignes d’erre et de jeux. Le résultat donne lieu à des débats infinis sans conclusion futile. Il leur semble inutile de préciser que ces jeux d’ombres ne s’adressent à personne.

 

VII

Énoncer précisément et déambuler en s’égarant font partie de leurs prérogatives, commenter et convaincre, ils n’y pensent même pas. Ils content simplement une histoire faite de mots, d’images, de fragments, d’oublis et de mensonges tristement et habilement mélangés.

 

II

La carte ou la légende, ils ne choisissent pas prétendent-ils, évoquant régulièrement comme un justificatif l’île de la femme du cartographe et soulignant le plaisir intime que leur procure ce souvenir.

 

X

Ils n’en parlent jamais entre eux mais ils rêvent, ils rêvent de grands voyages et d’accidents de terrain, d’archipels oubliés et de terres rares, de lieux potentiellement dangereux mais d’une grande simplicité. Ils rêvent, cela les étonne et cette incohérence inhabituelle les intrigue.

 

XIX

Le démarrage d’une collection de découpages de paysages, d’itinéraires et de trajets, n’a pas été sans conséquences. Un espace de la pensée s’installe dans l’archivage, la conservation des pages et des images, faisant apparaître une présence de l’absence qu’ils vont nommer possibilité.

 

XV

L’Atlas des Antipodes, machine de références complexes qui les occupe quotidiennement, a pris la forme de manuscrits anciens à la forte puissance picturale. Six volumes sont rangés dans la bibliothèque, le septième a disparu de manière inexplicable.

 

V

Le territoire, s’aperçoivent-ils, n’est pas une mesure géométrique ni une limite géographique. Cette évidence les questionne et leur indique de multiples pistes de réflexions : un protocole se met en place.

 

VIII

Ils collectionnent, archivent, fabriquent des objets, des images et des mots, les classent de diverses manières : alphabétique, analogique, chronologique, logique, allégorique, principe du bon voisinage, iconologie des intervalles, et bien d’autres encore, oubliant leurs existences au fur et à mesure de leur mise en place.

 

IX

Ils savent aussi paysager la carte et cartographier le paysage en le déterritorialisant. La carte dans sa verticalité regarde l’horizontalité du territoire, son étendue imagée, ce labyrinthe connu où le dédale impose des lignes qui dessinent un monde fini, évoquent un monde infini.

 

III

« La carte n’est pas le territoire » leur a t’on dit dans cette formule déprimante et péremptoire qui, affirment-ils, réduit la carte à un chiffon de papier et le territoire à un arpent de terre.

 

XX

L’énigme présentée par l’absence les conduit à rechercher de nouvelles liaisons entre les mots et les choses par subordination, affirmation et appropriation. Au fil de ces diverses pratiques ils s’inventent historiens des images, géographes de la mémoire.

 

XVI

Les protocoles qu’ils élaborent leur posent problème : une façon rigoureuse de travailler ou un habitus qui permet de ne plus penser au travail. Ni l’écriture ni le dessin n’ont apporté de réponse : ils cherchent toujours.

 

XIII

Ils ne savent plus lire les cadastres qu’ils supposent vocabulaire topographique en s’interrogeant sur les origines de ces étranges signes qui n’ont plus de sens : Image(s) d’un lieu espacé, palimpseste de lieux-dits et d’espace-temps où vient se loger la mémoire.

 

XII

Ils énoncent, ils inventent, ils fabriquent pour ensuite choisir, archiver et construire des ensembles qu’ils baptisent pour simplifier groupes mobiles. Ces éléments existent par définition, désastre ou choix multiples, réunis dans un projet de cohérence incertaine ou se défient logique de finitude et impossibilité de conclure.

 

XVIII

Le spectacle de continents à la dérive, objets-atemporels, est un passe-temps, un emploi de leur temps qui les navre. C’est une activité inutile, réellement ennuyeuse mais nécessaire. Ainsi dialoguent de façon surprenante science, patience, capacité à ne rien faire. C’est ainsi.

 

VI

L’un et l’autre, l’une et l’autre ne sont ni surface, ni étendue, ni limite, ni suite chronologique : Ils le savent, ils le disent et veulent présenter un espace particulier indissociable du temps et de la lumière . Ni une fenêtre, ni un pan mais un suspens.

 

XIV

Au fur et à mesure de leurs diverses errances se dessine une zone documentée qu’ils nomment carte du monde connu espérant toujours et désespérément l’existence d’un monde inconnu, un monde non connu, un monde qu’ils ne veulent surtout pas connaître.

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